"Je souhaite aider les femmes ménopausées sur le marché de l’emploi à optimiser leur productivité et leur bien-être"

photo de profilAlix Fieux le jeudi 5 mai 2022

Rencontre avec Marie-Eve Fullum

Conseillère en santé globale et qualité de vie au travail
 

1- Votre vie de femme vous a amenée à vivre une expérience commune dont on parle encore très peu au travail. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est à mes 40 ans que j’ai ressenti des symptômes physiques étranges, une anxiété inhabituelle. J’avais l’impression de perdre le contrôle de mon corps et de ma vie en général. Se sont enchaînés des pertes d’emploi, séparation, déménagement, etc. Je vivais comme dans un brouillard. Tout ce temps-là, je croyais que tous ces symptômes étaient reliés à mon stress. Oui, en partie, mais avec les années, j’ai fait le constat que sans le savoir, je commençais ma périménopause. N’ayant malheureusement plus de médecin de famille ni de gynécologue-obstétricienne depuis 5 ans, faute de pénurie et de ressources médicales, j’ai dû jongler et m’adapter dans cette transition physique et psychologique difficile et j’ai expérimenté plusieurs outils pour optimiser mon énergie.

Par la suite, c’est en visionnant entre autres le documentaire Loto-Méno de Véronique Cloutier, que j’ai pu confirmer que je n’étais pas la seule à vivre cette situation et que, malheureusement, c’est encore un sujet dont on parle peu en public, encore moins dans les entreprises. 

Étant moi-même une femme sur le marché du travail qui vit les aléas et les montagnes russes de la périménopause et presque de la ménopause, je sais de quoi je parle !

 

2- Comment votre vécu de la (pré)ménopause et de ses symptômes a-t-il impacté votre qualité de vie au travail ?

J’ai ressenti une perte de motivation et de productivité. J’avais toujours l’impression de ne pas être assez efficace et je cherchais mes mots. Se sont ajoutées des périodes d’insomnie, de tristesse et de fatigue. Je n’étais jamais capable de reprendre le dessus sans savoir pourquoi. Tout me tombait sur les nerfs. Je devenais une personne de plus en plus irritable. Bref, je ne me comprenais plus moi-même. Imaginez les autres qui me côtoyaient ! D’autant plus que je suis une personne de nature souriante, enthousiaste et d’une diplomatie hors pair.

Cette expérience a été un déclic pour moi. 

J’ai donc décidé de partir en mission pour aider les travailleuses qui doivent composer avec les symptômes et l’inconfort reliés à la périménopause ou à la ménopause, dans le but d’améliorer leur qualité de vie et leurs conditions de travail.
 

3- Avez-vous le sentiment que le monde professionnel prend en considération l'impact du cycle menstruel sur la vie des professionnelles ?

Honnêtement, pas beaucoup, même si je constate qu’on avance tranquillement dans la bonne direction avec une meilleure ouverture d’esprit sur le sujet. Plus on parle de la préménopause et de la ménopause, plus on sensibilise, on informe les gens d’affaires, les employeurs, les gestionnaires et les employés pour éviter la stigmatisation. Votre entreprise en est un exemple concret avec la parution récente de votre guide menstruel Flow, qui met en lumière ce genre de mesure dans les organisations. Bravo, pour votre initiative.

Les femmes ont besoin d’être soutenues et comprises. Il est temps de leur offrir des mesures concrètes au quotidien, par exemple de la flexibilité d’horaires et des congés pour des symptômes problématiques ou incommodants reliés à la ménopause, au même titre que les femmes enceintes. 

Plus des stratégies d’accommodements seront implantées dans les entreprises, plus les travailleuses pourront prendre soin d’elles, revenir en force, ressentir le goût de s’engager dans leur fonction et être plus productives au travail.

J’ajoute que la qualité de vie au travail ne concerne pas seulement les femmes ménopausées, c’est l’affaire de tout le monde. La santé et le bien-être des employés et des gestionnaires sont des enjeux prioritaires actuellement pour augmenter le taux de rétention et d’attractivité, surtout en cette période de la pénurie de main-d’œuvre.

 

4- De ce fait, en faveur de quelle mission vous engagez-vous aujourd'hui ?

Je souhaite aider les femmes ménopausées sur le marché de l’emploi à optimiser leur productivité et leur bien-être et conscientiser les employeurs et les gestionnaires sur l’importance de les soutenir et d’améliorer leurs conditions de travail. 

De plus, je souhaite changer les perceptions négatives de la ménopause et de la façon d’interagir avec ces femmes en entreprise.

Mon objectif est de démontrer l’importance de parler de la ménopause au travail et que ce ne soit plus un sujet tabou. J’aimerais contribue à améliorer les cultures d’entreprises pour qu’elles soient plus à l’écoute des employés et des gestionnaires, et favoriser la qualité de vie au travail de tout un chacun.

 

5- Comment aidez-vous les gestionnaires et les entreprises à progresser vers une prise de conscience ?

J’offre aux gestionnaires et aux employés des outils concrets de prévention en santé globale et des stratégies d’accommodements pour améliorer la qualité de vie au travail de leurs employé.e.s, diminuer l’absentéisme et augmenter la productivité et le taux de rétention, et ce, particulièrement des femmes qui doivent composer avec les symptômes et les inconforts de la ménopause. Cela passe par des ateliers et des conférences axées sur la gestion du stress.

À l’appui de chiffres et de statistiques, je présente les coûts directs et indirects de la non-santé (c’est-à-dire le fait de ne pas tenir compte de la santé et du mieux-être des employés), mais aussi les possibilités d’un retour sur leur investissement à moyen et à long terme. De plus, je sensibilise les employeurs à l’adaptation de nos comportements face aux femmes ménopausées en milieu de travail.

Grâce à des exemples concrets d’entreprises qui ont décidé de passer à l’action, les employeurs et les gestionnaires constatent qu’il existe de nombreux bénéfices à offrir des politiques et des actions concrètes, tout à fait accessibles et faciles à mettre en pratique. Je les fais également participer à une réflexion pour trouver eux-mêmes des pistes de solutions. Que fera l’organisation pour remédier à la situation ?
Pour plus de détails, j’invite les gestionnaires et les employeurs à communiquer avec moi pour assister à mon atelier L’art de mettre une pause sur la ménopause.
 

6- Par quelles mesures concrètes peut-on aider les femmes à mieux vivre et mieux gérer les symptômes de leur ménopause au travail ?

En tant que conseillère en santé globale, je propose aux femmes des astuces simples pour atténuer l’inconfort et les symptômes de la ménopause au travail. Par exemple, porter des vêtements en pelures d’oignon (superposés), essayer d’avoir une meilleure ventilation, avoir à leur portée des collations appropriées, donner des trucs à éviter pour ne pas déclencher certains symptômes incommodants. Je propose notamment une boîte à outils pour les aider à réduire leur stress et optimiser leur santé globale, en collaboration avec leur médecin ou leur gynécologue. Je précise que je ne suis pas une experte ou une spécialiste de la santé ni de l’hormonothérapie.

Pour en savoir plus, j’invite les femmes préménopausées et ménopausées à demander à leurs employeurs d’assister à mon atelier, S.O.S. Ménopause et stress au travail, ma boîte à outils. Offert en entreprise en mode présentiel ou en mode virtuel !

 

Et si parler des règles au travail, c’était enfin prendre en considération la réalité de la moitié de l’Humanité ? Ce sujet vous intéresse ?  Découvrez le guide menstruel conçu par Flow. 

Afin d’accompagner les entreprises et les employé.e.s à avancer ensemble pour normaliser les règles au travail, Flow vous propose ce nouvel ebook consacré aux congés menstruels.